20 mai 2009

Biographie espagnole du Roi du Maroc


Ancien correspondant du journal El Pais à Rabat (de 1990 à 1997), Ferran Sales dresse dans son dernier livre un portrait inédit du Roi Mohamed VI.


A partir de ses souvenirs et de ses réflexions, le journaliste décrit des facettes méconnues de la personnalité du Roi actuel du Maroc, avant et après son accession au pouvoir.

Sales entame son livre par un entretien qu’il a effectué avec le prince Moulay Mohamed en 1997. Il explique que la rencontre a été orchestrée par son père Hassan II, dans le cadre d’une stratégie de présentation de son héritier à l’opinion internationale. Le journaliste n’est pas fier de cette rencontre. Les conseillers du palais et notamment André Azoulay, avaient sélectionné les questions et préparé les réponses.

Ferran Sales insiste en suite, dans le chapitre « À la recherche du prince absent », sur le désintérêt du prince et son éloignement des affaires de l’Etat. Il avance même que Mohamed VI, pour des raisons psychologiques et personnelles, ne voulait pas du trône.

L’auteur s’attèle au détails du dossier épineux de la relation entre Mohamed VI et son père. Hassan II alors très malade (en 1995), avait réfléchi à lui céder le pouvoir pour qu’il ne vieillisse pas « prince », comme Charles d’Angleterre. Mais devant le désintérêt du prince, Hassan II le menaça de céder le pouvoir à l’un des deux autres princes (Le frère ou le cousin). Cet incident est la source des blessures profondes au sein de la famille royale, non guéries à ce jour.

Dans les dernières pages de son livre Ferran Sales analyse le nouveau style de gouvernement de Mohamed VI, le « Roi absent », et de ceux qui l’entourent. Pour Hussein Mejdoubi du quotidien londonien Alquds Alarabi, la fin est la partie la plus exaltante du livre. L’auteur y décrit l’absence politique du Roi et ses longs voyages privés à l’étranger. Il se demande si Mohamed VI n’est pas en train de préparer l’opinion à la grande absence, faisant allusion à une monarchie qui dure mais qui ne gouverne pas.



Mohamed VI : El principe que no queria ser rey [« Mohamed VI: Le prince qui ne voulait pas être roi »], Editorial Catarata, Avril 2009, 224 pages.


10 mai 2009

Le génocide arménien dans un roman syrien


Dans Tiflat Alkoulira [« La fillette du choléra »], l’écrivaine syrienne Marie Richou, revient sur l’épreuve terrible du peuple arménien.


Partant de 1890, début de la prise de conscience « indépendantiste » arménienne (dans l‘empire ottoman), elle recense les évènements clés de cette histoire jusqu’au début de la première guerre mondiale, paroxysme du génocide arménien.

A travers le personnage d’Archa, Marie Richou décrit la déportation de femmes, d’enfants et de vieillards jetés sur les sentiers de l’exil criminel. Traquée par la faim, la soif, la maladie et la mort menaçante, Archa confie sa fille à une dame arabe afin de la sauver. Mais les circonstances jetteront dans ses bras la fille d’une autre femme, qui a perdu ses enfants à cause du choléra et son mari (un Aga arménien), tué par les Turques. Des années après les massacres, naît à Alep en Syrie, Laura, la petite fille d’Archa. Elle découvre ce qui s’est passé à travers les souvenirs de sa grand-mère qui raconte cette réalité comme si elle n’était pas la sienne. Dérangée par l’inconscience d’Archa, Laura confronte ses dires aux livres et aux documents historiques pour en tirer la vraie réalité. Marie Richou utilise, ici, le dialogue entre son héroïne Laura, son père et son oncle pour explorer les conditions des déportations et des massacres perpétrés par les Turcs. Le père et l’oncle jouent le rôle des « avocats du diable » cherchant à justifier le passé et exprimant le point de vue turc.

Pour May Bassil du quotidien Al Hayat, l’agencement rationnel des évènements historiques dans ce roman est doté d’un joli souffle narratif et d’une belle langue. Cependant, la critique pense que l’œuvre aurait été d’un rang plus élevé, si l’auteur avait su lier le présent à ce passé que le bourreau tarde à reconnaître.


Marie Richou, Tiflat alkoulira [« La fillette du choléra »], Dar Alsaqi, 2008.

5 mai 2009

Les pharaons, le christianisme et l’islam


En Egypte, la polémique fait rage entre l’Eglise orthodoxe et le gouvernement. En cause ? La question du nombre et donc de la situation des copte dans le pays, sur laquelle reviennent l’historien Ahmed Othman (un musulman) et Mounir Ghabour (un copte) dans Al MassiHiya fi Al Islam.


D’après les estimations, les coptes, descendants des pharaons, oscilleraient entre sept et douze millions (10% à 20% de la population), malgré leur émigration ces dernières années vers le Canada, les Etats-Unis et l’Australie. Mais au delà de l’exactitude de ce chiffre, Ahmed Othman souligne l’« obturation confessionnelle » dont est victime cette communauté. Selon lui, l’émergence de certains discours opposant les Egyptiens en fonction de leurs croyances – on entend par exemple que les coptes chrétiens sont des mécréants - en est la principale cause. Ces « opinions » sont celles des groupes extrémistes de l’islam politique, à qui Al MassiHiya fi Al Islam donne une leçon d’histoire.


« Tout au long de l’histoire d’Egypte, depuis l’arrivée de Amrû ben al-Âs (premier gouverneur musulman d’Egypte nommé en 1245, les citoyens ne se sont jamais définis en tant que chrétiens et musulmans, mais plutôt comme étant tous Egyptiens », explique l’historien au quotidien Al-Hayat. Une utopie pour les coptes qui voient aujourd’hui se restreindre leurs droits les plus légitimes, dans une société contaminée par l’ignorance de l’extrémisme religieux.


Al MassiHiya fi Al Islam est avant tout un livre pédagogique et réconciliateur qui tente l’union nationale égyptienne. Ahmed Othman et Mounir Ghabour ont décidé d’y énoncer certaines vérités au sujet des rapports étroits entre l’islam et le christianisme, afin d’« effacer le malentendu et dénoncer les contradictions».


Al MassiHiya fi Al Islam [« Le christianisme dans l’islam »], Ahmed Othman et Mounir Ghabour, General Egyptian Book Organization, 2009

26 avril 2009

Esclavage moderne

Les derniers maitres de la Martinique est une enquête de Canal + sur le pouvoir des békés dans les Antilles françaises. La modernité touche tous les aspects de la vie dans ces régions, sauf les mentalités et les représentations d'une minorité de déscendants des colons.